Seyda Rokhaya Ibrahima Niass, La Pionnière de la tribu

Seyda Rokhaya Ibrahima Niass, La Pionnière de la tribu

Au moment où le monde célèbre la femme, nous avons fait le choix de vous présenter, une érudite, une visionnaire, une battante, l’une des meilleures Savantes du monde musulman :

Seyda Rokhaya Bintou Cheikh Ibrahim NIASS.

Guide religieuse, Éminente Érudit Sénégalaise, fondatrice du centre Madrassat Al Nadja de Kaolack

Née à Kaolack en 1931, Seyda Rokhaya Ibrahima Niass est la troisième fille de Cheikh Ibrahima Niass*(1), détenteur de la Faydatou Tidjania et de Sokhna Oumou Kalsoum NIANG.

Cheikh Ibrahima Niass avait dit d’elle : « je lui ai donné le nom de Rokhaya qui signifie l’ascension car depuis sa naissance je m’élève sans m’arrêter ».

 

SEYDA ROKHAYA IBRAHIMA NIASS, ETUDES ET FORMATIONS

En 1937, âgée entre 5 et 6 ans, alors que les autres enfants commencent un peu plus tard*(2), Cheikh Ibrahima Niass lui fait débuter son initiation au Coran prématurément avec certains de ses frères et sœurs tels que Cheikh Ahmad Tidiane Ibrahima Niass , Seyda Mariama Ibrahima Niass et Oumou kalsoum Ibrahima Niass, avant de partir à la Mecque. Elle en reprendra l’apprentissage avec son père au retour de celui-ci; près d’un an après.

Cheikh Ibrahim Niasse avait une école dans sa maison qui s’appelait Madrassat Al Falah*(3) où il était professeur par ses temps libres, car il tenait ardemment à l’instruction des filles. Comme il le disait dans son poème ‘Rihla Conakry ‘*(4) « Oh mes filles, soyez toujours en compétition avec les hommes dans la quintessence du savoir, de la connaissance et non dans la beauté physique ».

Après avoir maîtrisé le coran auprès des son illustre père sa formation fut complétée par d’éminents compagnons de ce dernier.

Seyda Rokhaya Niass (à droite) et sa Sœur Seyda Mariama Niass

Pour parfaire son enseignement, elle eut aussi comme professeurs Cheikh Abdullah Rabbani (al Quran), Seydi Ahmad Thiam (grammaire), Seydi Alioune Cissé (éducation spirituelle).

Seyda Rokhya Ibrahima Niass a échelonné toutes les étapes de formation mises en place par son père qui, avec fierté, disait « Rokhaya est née, a grandi, et a étudié sous mes yeux. traditionnel étudié en leur temps.

 

Seyda Rokhaya Niass et son frère Cheikh Ahmad Tidiane Ibrahima Niass

Elle a appris la langue arabe, la rhétorique, la littérature arabe et tout le curriculum normal, traditionnel étudié en leur temps

De ses études elle obtint un certificat en tawhid*(5), en grammaire, en Littérature arabe, en théorie et en jurisprudence islamique.

Pour aboutir à cette quête de savoir et d’excellence, Cheikh Ibrahima Niass avait pour habitude de récompenser très gracieusement les filles qui se démarquaient lors de concours ou d’examens de niveau. Seyda Rokhaya Ibrahima Niass qui œuvrait toujours pour faire partie des meilleurs, a bénéficié de nombreuses fois de présents et de titres dans ce cadre

Son père Cheikh Ibrahima NIASS la testait au même niveau que les hommes. Comme il le fît en 1951, lorsqu’il organisa un concours de passage pour l’étude supérieure autour de plusieurs ouvrages notamment Al fiheu ibn Malick* et ses propres écrits.

Ce dernier avait envoyé une lettre aux meilleurs élèves et une autre à leurs professeurs (Seydi Alioune Cissé et Seydi Ahmad Thiam) pour préparer cet examen par une dissertation, un exposé et une succession de questions.

Ceci rendait Cheikh Ibrahim Niass très fier.

Quand Seyda Rokhaya Ibrahima Niass acheva le Muktassar de Khalil, ouvrage majeur du Figh maliki, elle découvrit que son père avait écrit de sa main à la dernière page de ce livre :

“Louange à Allah par Lequel sont parfaits les actes pieux !

Que la grâce et la Bénédiction d’Allah soient sur la meilleure des Créatures ainsi que sur les siens et compagnons, ces Guides des êtres!

Ceci étant dit :

Je rends grâce à Allah, dont il n’a de Dieu que Lui, Ô fille bénie et pieuse, jeune fille bénéfique Rokhaya. J’ai vu tes œuvres gratifiantes et ton commerce toujours florissant. Que tu récoltes le bien semé !

Paix sur vous, Ibrahim Niass.”

En 1953 le jour d’achoura elle eut un certificat de hadith de son père témoignant de sa maîtrise des hadiths.

En 1958 elle obtient un diplôme supérieur des mains de Cheikh Ibrahim Niass devant les personnes qui ont participé à sa formation.

En 1958, à la Mecque son père lui donne l’Ijaza Itlaq Mutlaq autorisant ainsi la transmission du wird, la nomination de Muqaddimina et l’utilisation sans restriction des secrets de la Tariqa.

En 1966 elle obtient les mêmes autorisations de Seydi Aliou Cissé, qui s’était chargé de son éducation spirituelle (Tarbiya).

 

SEYDA ROKHAYA IBRAHIMA NIASS, FORMATRICE ET LEADER

Son autorisation/ permis de voyager pour propager l’Islam et la Tariqa écrit par Baye NIASS

A la suite de sa formation Seyda Rokhaya Ibrahima Niass reçu de son père Cheikh Ibrahima Niass l’autorisation d’enseigner et l’autorisation de voyager pour propager l’islam et la tariqa Tidiane.

Elle commença à enseigner à Madrassat Al Falah* (voir ref 3),  puis enseigna le Coran dans la cour de sa maison. Elle obtint l’autorisation de son père par une missive que ce dernier la nomma en ces termes « A toi ma fille Rokhaya, Moudiratoul Madrassatoun Nadja » c’est-à-dire : directrice de l’école de la délivrance. Elle dit dans un entretien que « c’est à partir de ce moment que j’ai su que j’aurai ma propre école. »

Seyda Rokhaya Ibrahima Niass grâce à sa soif de connaissance et sa générosité dans le partage à développer des capacités de formatrice hors pairs.

Beaucoup d’érudits, dont certains sont des petits-fils de cheikh Ibrahim Niass, d’autres reconnus pour l’écriture d’ouvrages ou de poèmes arabes ont bénéficié de la formation de Seyda Rokhaya Ibrahima Niass à titre d’exemple on peut citer son frère Cheikh Mahmoud Ibrahima Niass qui a émis le souhait d’apprendre la connaisse auprès de sa sœur.

Un jour, Cheikh Ibrahima Niass devait voyager, il lui demanda alors d’occuper sa chambre afin de veiller sur sa bibliothèque et la journée d’enseigner la connaissance aux femmes concernées.

Ainsi, elle enseignait le Coran et presque tous les autres livres de connaissances nécessaires à une bonne pratique de l’Islam (Éducation et jurisprudence islamique, et biographie du prophète PSL) à Pai et Sangok dans la Province de Fatick*(6) aux femmes car Cheikh Ibrahim Niass voulait que ces dernières se rendent compte que cela n’était pas impossible d’être femme et savante.

Sachant s’adapter au monde actuel, et pour donner à ses élèves l’opportunité d’accéder à de plus vastes domaines de formations, elle fonda en 2013 le centre Madrassat Al Nadja à Ndorong*(7) . Cet institut comprend une école franco-arabe maternelle et primaire où plusieurs dizaines d’élèves sont admis au certificat d’étude élémentaire conformément au Ministère de l’Éducation Nationale du Sénégal. Pour promouvoir l’éducation des filles et leur maintien à l’école, Seyda Rokhaya Ibrahima Niass tient à ce que le nombre de filles soit égal ou supérieur à celui des garçons.

Cheikh Ahmad Boucar Niang son fils, dit : « Seyda Rokhaya Ibrahima Niass est une femme de plume, chose qu’elle a héritée de son père et de son grand père Mame Abdallah Niasse*. »

En plus de ses années d’enseignante, de la fondation d’instituts, Seyda Rokhaya Ibrahima Niass est également actrice de la transmission du savoir par l’écriture de trois œuvres littéraires et de poèmes majoritairement en prose. Elle a été, par ailleurs, la première femme poétesse noire, à avoir écrit un livre en arabe.

La couverture de son premier ouvrage. « L’éveil de la fille musulmane dans la religion et la vie » 1968

« L’éveil de la fille musulmane dans la religion et la vie » 1968

« Facilitation de l’accès à la connaissance religieuse pour les filles et garçons » 1969

« Le point de vue des femmes sur l’islam » 1975

Son deuxième livre « Facilitation de l’accès à la connaissance religieuse pour les filles et les garçons » édité au Ghana 1969, a fait partie du programme religieux des cours élémentaires ghanéens sous la présidence de Kwame Nkrumah*(8).

Amar SAMB directeur de l’IFAN*(9) disait que Seyda Rokhya Ibrahima Niass est la première femme noire à écrire un livre en langue arabe car Cheikh Ibrahima Niass instruisait ses filles et les encourageait à la recherche de la connaissance au moment où les savants musulmans enseignaient aux femmes le strict minimum pour la pratique leur religion.

Cheikh Ibrahima Niass était un fervent défenseur et un précurseur de l’éducation des filles ; Tout comme il ne cessa d’encourager la femme musulmane à s’octroyer la place qu’il lui revient.

Ainsi il écrivit en 1951, « Tel frère, telle sœur, soyez des collègues … ».

Ainsi, sous l’égide de leur père, Seyda Rhokaya Ibrahima Niass accompagné par ses sœurs, comme Seyda Mariama Ibrahima Niass pour se citer qu’elle, ont joué un rôle de pionnière dans l’émancipation de la femme musulmane et de la Noire dans un paysage qui restait emprisonné par les carcans des traditions et verrouiller par la misogynie.

Par exemple, lors d’un de ses voyages vers le Ghana pour raison médicale sous l’autorisation de son père et de son mari qui partaient pour la Mecque elle fit une escale à Sierra Léone chez un Mouhadame*(10) de son père Cheikh Ibrahim Niass. Un Saoudien eu échos de sa présence, s’est présenté en elle en lui exposant le hadith suivant :

Le Prophète (PSL) dit : « Il n’est pas permis pour une femme qui croit en Dieu et au jour dernier de voyager pendant un jour sans la présence d’un mahram » (rapporté par Bukhari et Muslim sur Abou Hourayra ).

pour lui demander pourquoi elle voyageait seule.

Ce à quoi Seyda Rokhaya Ibrahima Niass lui rétorqua que le hadith s’adressa plus à lui qu’à elle car il s’était permis de venir l’apostropher tout en sachant qu’elle était seule et que le prophète interdisait de s’isoler avec une femme sans présence de mahram.

Et lui signala qu’elle voyageait avec l’autorisation de son mari et de de son père pour raison médicale.

Le Saoudien reconnu son savoir s’excusa lui demanda si elle était tidiane elle répondit par l’affirmative. Il lui assura alors qu’à son retour en Arabie Saoudite, il demandera l’autorisation à sa mère pour entrer dans la Tariqa Tidiane.

Ce même saoudien écrivit une lettre à Cheikh Ibrahima Niass dans laquelle il disait à ce dernier : « j’ai fait la rencontre d’une lionne qui ne peut être que la fille d’un lion » (comprenez lion par “érudit”).

Son père disait d’elle qu’il lui avait donné l’autorisation de voyager seule car elle ne faisait pas partie ni des perdus ni des envieux.

Cheikh Ibrahima Niass lui dit : “je t’autorise à voyager et tu seras toujours accompagnée de la bénédiction et de l’abondance.”

 

SEYDA ROKHAYA IBRAHIMA NIASS,  SON COMBAT POUR LES FEMMES 

Le parcours de vie de Seyda Rokhaya Ibrahima NIASS est un exemple pour toute femme depuis son plus jeune âge elle ne s’était pas limitée à la mentalité de l’époque qui prônait que les femmes devraient rester derrière les hommes à tout niveau. Ceci n’est guère étonnant lorsqu’on considère l’histoire de sa mère Seyda Oumou Kalsoum NIANG, qui, au moment où il n’y avait que des hommes qui s’engagent dans le gnosticisme, cette dernière demanda l’autorisation à Cheikh Ibrahim NIASS pour faire son éducation spirituelle ; pour rendre ce geste symbolique, elle se fit coudre un kaftan (tenue traditionnelle pour homme) et y rajouta son voile .Ainsi vêtue, elle entama son parcours spirituel, échelonna avec brio toutes les étapes et fut élevée au rang de connaissant en Allah.

Son premier ouvrage « Facilitation de l’accès à la connaissance religieuse pour les filles et garçons » publié en 1969, conseille aux femmes de se remettre en question, de savoir qui elles sont réellement et de se rendre compte de leurs potentiels à l’image de la mère de la Oumma Seyda Aïcha. Le Prophète Mohamed (PSL) avait conseillé à tous les musulmans de s’adresser à elle car elle détenait à elle seule la moitié de la connaissance.

“Étudiez la moitié de la religion auprès de Aïcha.”

Hadith rapporté par Boukhari et Mouslim

En 1975, l’ONU décréta l’année internationale des femmes contre toutes les discriminations. Son père lui demanda ce qu’elle comptait faire et elle écrivit son troisième livre « Le point de vue des femmes sur l’Islam » un livre qui montre ce que l’islam a apporté à la femme. Ce qui favorisa son intervention à l’ONU.

Elle a combattu toute forme de misogynie à l’image de son père qui l’avait surnommée « Sangou Gor gni » à savoir « le meilleur des Hommes ». Cheikh Ibrahima NIASS lui avait donné l’autorisation de voyager seule et de parler partout et devant tout le monde, homme et femme, en commençant par les Mawlid de Medina Baye où elle a été la première femme qui y intervenait, parfois jusqu’à émouvoir son père aux larmes.

Seyda Rokhaya Ibrahima NIASS a converti plusieurs femmes à l’Islam et les a défendues à travers ses œuvres, ses conférences presque partout dans le monde comme lors de son discours devant l’ancien Président des États-Unis d’Amérique, Jimmy Carter, en février 2015 ou lors de son intervention quand intervenu l’enlèvement de plusieurs dizaines de jeunes filles nigérianes par Boko Haram à la même année au Ghana.

Parmi ses paroles fortes, elle disait « Vous les femmes, les droits qu’ Allah et son Messager vous ont octroyés, n’acceptez qu’aucune personne ne vous en prive ».

Elle a fait de la connaissance des femmes son principal combat et comme elle le dit si bien « gorgorlou djiggen daf may diokh cawartangué » en Wolof. Ce qui signifie “ les efforts que fournissent les femmes sont ma principale source d’encouragement”.

Mr Amar Samb, ancien directeur de l’IFAN*(9) en 1974 disait dans sa thèse de doctorat « Essai sur la contribution du Sénégal dans la littérature arabe » que la littérature arabe au Sénégal au temps commençait par Cheikh Oumar Foutiyou à la sympathique Rokhaya NIASS « seule parole des femmes dans l’aréopage des lettres arabes sénégalaises ».

Seyda Rokhaya Ibrahima Niass invitée par la Fondation Jimmy Carter lors d’une conférence autours du « Respect des Droits des femmes dans l’Islam. » Atlanta, ETATS-UNIS, 2015

 

SEYDA ROKHAYA IBRAHIMA NIASS : À TRAVERS LE MONDE

Cheikh Ahmad Boucar Niang disait «Alors que le monde africain aspire toujours à l’unité africaine, Cheikh Ibrahim NIASS lui, a réussi l’intégration des peuples à travers ses ambassadeurs dont Seyda Rokhaya Ibrahima Niass ».

A l’instar des hommes, les filles de Cheikh Ibrahima Niass furent de ferventes missionnaires au service de l’Islam et de la Foi. Seyda Rokhaya Ibrahima Niass a parcouru le monde pour faire l’appel Islamique sur autorisation de son père . Voici les mots que Cheikh Ibrahima Niass lui envoya en guise de viatique, alors qu’elle s’apprêtait à aller en Mauritanie :

“Louange à Allah par les bienfaits Duquel les actes pieux sont accomplis. Que sa Paix et sa grâce soient sur la meilleure des créatures, sur Sa famille, Ses compagnons et ses étoiles éclairantes. Cela étant dit : 

Que la paix et la bénédiction divine soient sur toi Ô fille bénie (S’il plaît à Dieu!), la savante Muqadam Rokhaya Ibrahim. J’interdis le voyage des ignares et de ceux hantés par le goût du lucre. Quant à toi, tu es autorisée et là où tout lieu que visiteras sera béni. Salue de ma part, le sublime Muqadam béni, Mouhammad Nadj et ses acolytes. Je ne cessai de solliciter pour eux la pluie tant celle spirituelle que celle apparente. Qu’Allah les vienne en aide et à vous. Paix sur vous !

Ibrahim fils d’Al Hadj Abdoulaye Niass.”

Manuscrit de prière pour favoriser la réussite, écrit par Cheikh Ibrahim Niass

Cheikh Ibrahima Niass a fait de ses enfants ses ambassadeurs qui ont voyagé dans plusieurs pays d’Afrique et crées des liens matrimoniaux et de fait des liens de sang. C’est le cas de plusieurs filles de Cheikh Ibrahima NIASS dont Seyda Barakatou Niass paix à son âme qui nous a quitté le 5 février 2021. Par ailleurs, la fille de Seyda Rokhaya Ibrahima NIASS a son foyer au Sierra Léone.

Seyda allait presque partout en Afrique notamment au Ghana où elle compte plusieurs mouhaddina, au Nigeria, en Sierra Leone où son père l’envoyait en mission pour l’éducation et la conversion des femmes à l’Islam par centaines, voire par milliers.

C’est ainsi qu’elle arrivait à tenir des discours forts, d’une telle éloquence que ces peuples la considéraient comme un modèle à suivre, d’où ses innombrables homonymes presque partout en Afrique et dans le monde entier.

Seyda Rokhaya Ibrahima Niass était une digne conférencière en Europe notamment à Londres, Naples, Grenade, Stockholm, à Paris et à Berlin

 

SEYDA ROKHAYA IBRAHIMA NIASS, LES TRANSMISSIONS D’UNE MÈRE

C’est son père Cheikh Ibrahim qui l’a proposée en mariage à son cousin Seydi Oumar NIANG avec qui elle a eu six enfants, cinq garçons et une fille.

Son rôle de mère ne fût jamais entaché par ses obligations extérieures. Seyda Rokhaya Ibrahim NIASS a eu des enfants tout aussi exceptionnels. Elle est un leader qui a transmis son savoir par l’éducation d’autres leaders. On reconnaît sa sagesse à travers les qualités humaines qu’elle a légué à ses enfants comme la disponibilité, la générosité et l’humilité. Nous pouvons en témoigner tant nous avons été bien accueillies lors de nos échanges pour ces écrits. Ces enfants sont également des références dans le paysage de la communauté musulmane.

Ouztaz Boubacar NIANG est chercheur et un grand conférencier.

Cheikh Ahmed Boucar NIANG, est juriste, écrivain, poète, historien, et biographe. Il est l’auteur de plusieurs œuvres dont « CHEIKH IBRAHIM NIASS, HOMME MONDE OU HOMME DU MONDE ».

Le Prophète (psbL) a dit : « Un parent ne peut rien léguer de mieux à son enfant qu’une bonne éducation « 

Ibn ‘Omar (ra) rapporte avoir entendu le Messager d’Allah (psbL) dire : « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de l’objet de sa garde. Le chef d’État est un berger et est responsable de ses administrés. L’homme est berger dans sa famille et est responsable de l’objet de sa garde. La femme est bergère dans la maison de son mari et est responsable de l’objet de sa garde. Le serviteur est berger dans les biens de son maître et est responsable de l’objet de sa garde. Chacun de vous est donc berger et est responsable de l’objet de sa garde ». (Rapporté par Al-Boukhâri et Mouslim)

Seyda Rokhaya Ibrahima NIASS a consacré toute sa vie aux combats des femmes et aux enfants ne faisant aucune différence entre les siens et ceux des autres. Elle accueille, éduque, prodigue des soins, prend soin en étant présente pour eux. Elle est décrite par ses enfants comme une mère attentionnée, protectrice et aimante.

Toujours décrite par ses proches, Seyda Rokhaya Ibrahima NIASS est une femme très organisée et méticuleuse. Elle sait accueillir du monde et surtout, elle est ce qu’on appelle une « yayou daraa »*(11) c’est-à-dire la mère de tout le monde.

Un jour de Mawlid alors qu’elle était en cuisine, ses vêtements et sa peau imprégnés par les fumées de cuisson, son père l’appela par le biais de son petit frère Cheikh Mouhamed Nazirou Ibrahima Niass. En premier lieu, elle fut gênée de l’état dans lequel elle se trouvait, puis se laissant convaincre par ce dernier. Arrivée sur place, elle improvisa un discours sur le prophète (PSL) qui émeut son père aux larmes.

Seyda Rokhaya n’a jamais fait de distinction entre son statut ou ses devoirs religieux et sa présence de maîtresse de maison.

Elle a toujours prôné le fait que l’homme est la moitié de la femme qui, pour se faire respecter, se doit d’acquérir de la connaissance, de travailler mais aussi de pouvoir prendre soin de sa famille à travers la maîtrise des tâches ménagères, de faire attention à sa tenue vestimentaire.

D’après son fils, elle dit souvent «Je me bats pour le droit des femmes donc il faudrait que celles-ci assument leurs devoirs.»

Oustaz Boubacar NIANG, nous rappelait que le président Jimmy Carter disait : « Au moment où on essaie de trouver une solution pour la place de la femme dans la société, Seyda Rokhaya Ibrahim NIASS l’a fait il y a 50 ans ».

De par l’importance de son vécu et de ses actions, Seyda Rokhaya Ibrahima Niass est souvent citée en référence dans plusieurs œuvres, mais nous emprunterons quelques mots à Oustaz Ibrahim Mahmoud Diop, fils spirituel et secrétaire particulier de Cheikh Ibrahima Niass, il était par ailleurs le secrétaire général de la ligue Rabiatou des oulémas*(12) du Maroc et du Sénégal de 1985 à 2014; en disant que la « fille de la tribu est devenue la pionnière de la tribu » à force de préparations et d’enseignements. Aujourd’hui nous demandons à Allah de prêter une très longue vie et une santé de fer à notre grand-mère de la tribu.

Par la rédaction de cet article, nous voulions rendre accessible un modèle de réussite de femme musulmane; une leader spirituelle, pionnière dans l’apprentissage et l’enseignement qu’innovante dans l’éducation.

Vivre sa spiritualité, en être le défenseur, mener une carrière brillante tout en étant une parfaite épouse et mère de famille, est possible. Seyda Rokhaya Ibrahim NIASS en est l’exemple.

Nous avons en Seyda Rokhaya Niass un modèle de leadership féminin de par son parcours, sa vision, son charisme et ses combats.

Cheikh Ibrahim NIASS lui disait « à toi mon enfant si pure (yiw) qui exerce un commerce sans perte, je te promets satisfaction et baraka dans tes œuvres ».

 

 

 

 

INDEX :

(1)Cheikh Ibrahima Niass, plus connu sous le nom de Baye Niass, est un érudit et maître soufi sénégalais détenteur de la Fayda Tidiane.

(2) « Ordonnez à vos enfants de faire la prière lorsqu’ils éteignent leur septième année et contraignez-les à la faire lorsqu’ils atteignent l’âge de dix ans. »

Relaté par Abou Dawoud

L’iman Ali ibn Talib a dit :

« Ton enfant joue avec lui pendant ses sept premières années puis éduque-le pendant les sept années qui suivent et fais-en un compagnon pour les sept années suivantes, puis laissez-le agir à sa guise. »

(3) Madrassat Al Falaha: école de la réussite

(4) Récit du voyage à Conakry « Rihla KunaKiriya » sous forme de poème écrit par Cheikh Ibrahima Niass

(5) Tawhid: atteste de la foi et la connaissance de Dieu à la personne à qui s’est décerné.

(6) Région du Sénégal

(7) Quartier de Kaolack

(8) Kwame Nkrumah président de la république du Ghana de 1960 à 1966

(9) Institut Fondementai d’Afrique Noir (IFAN), est un institut de recherche basé à Dakar (Sénégal)

(10) Mouhadame pluriel Mouhaddimina: guide spirituel

(11) terme utilisé au Sénégal pour décrire une bienfaitrice auprès des enfants venant de tout horizon

(12)Rabiatou des oulémas: Rassemblement des savants