La Méthode soufie

La Méthode soufie

Le maître instruit par des formules d’invocation à réciter selon des indications précises. Cet enseignement qui est opératif et non spéculatif est la base et le support du travail personnel. Cet enseignement est une aide au travail intérieur de réalisation initiatique. Le rite d’invocation joue un rôle primordial. C’est un véhicule de l’influence spirituelle et un support à la méditation puisqu’il exprime des vérités de l’ordre initiatique. Le maître ne communique pas la connaissance d’une façon comparable à celle du professeur dans l’enseignement profane, et qui communique des formules livresques aux élèves qu’ils n’auront qu’à emmagasiner dans leur mémoire. Il s’agit ici de quelque chose d’incommunicable dans son essence puisque ce sont des états à réaliser intérieurement.
L’invocation est la pierre angulaire de la méthode. Son importance est rapportée par beaucoup de versets coraniques et de traditions prophétiques. Allah dit dans le Coran « souvenez-vous de Moi, Je me souviendrai de vous. » Le hadith suivant est rapporté par Ibn ‘Umar (RA) : « Celui qui déclame lâ ilâha illal-lâh en l’actualisant, Allah l’installe dans la demeure de la Majesté et lui accorde la vision de sa Face. » D’après le Prophète (SAS) « le cœur rouille comme le fer ; l’invocation (zikr) l’en débarrasse, à l’image du feu par rapport au fer. ». Voici une autre de ses paroles : « lorsque des gens se rassemblent pour invoquer Allah, uniquement mus par le désir de sa Face, un héraut du ciel leur crie alors : vous voilà pardonnés ! Vos mauvaises actions ont été transformées en bonnes ouvres. » Et encore : « Invoquer Allah en compagnie d’un groupe de gens, de la prière de l’aube jusqu’au lever du soleil, m’est préférable à ce bas monde et à tout ce qu’il contient. Invoquer Allah en compagnie d’un groupe de gens de la prière de l’après-midi (‘asr) jusqu’au coucher du soleil, m’est préférable à ce bas monde et à tout ce qu’il contient. » Aussi : « Le butin des assemblées du souvenir d’Allah, c’est le paradis. »
L’invocation procure de plus, une quiétude, une sérénité d’une intensité et d’une profondeur inégalées : « N’est-ce pas par l’invocation d’Allah que les cœurs s’apaisent ? » mentionne le Coran. Car l’invocation place l’invocant dans une perspective où la vie prend un aspect plus frais, et déplace le regard intérieur de l’humain vers le divin. Ainsi dès la vie terrestre, il est offert à l’homme la possibilité de vivre le paradis, celui de la contemplation divine qui est le paradis le plus sublime.
La persistance dans le souvenir dissipe les voiles et rend perçante la vue. « Nous avons ôté ton voile et voilà que ta vue est perçante aujourd’hui » (50, 22). Il se produit un dévoilement de l’organe de la connaissance théosophique qui est l’intuition intérieure qui fait accéder à la science cachée. Celle-ci se classe parmi les trois que le Prophète (SAW) rapporta lors de son ascension nocturne. Elle est acquise par le croyant lors de son ascension dans le ciel de la proximité divine. De cette science, le Prophète a dit : « la science est comme un secret préservé, seuls les savants par Allah la connaissent ; et lorsqu’ils en parlent, ceux qui méconnaissent Allah les blâment. » Il a également affirmé : « La science intérieure est l’un des secrets d’Allah et dépend de Sa décision : Il choisit librement les cœurs auxquels Il la confie. » Et encore : « Il y a deux sciences : l’une pour le cœur, et elle est la science utile ; l’autre pour la langue : c’est l’argument qu’Allah opposera à l’homme. »
Cette science n’est pas de celles qui sont habituellement connues. Abû Hurayra (ra) a dit : « j’ai appris du Prophète deux types de science : l’une, je vous l’ai transmise ; mais quant à l’autre, si je le faisais, vous me trancheriez la gorge. » Un autre compagnon bien guidé Salmân al-fârisî (ra) a dit : « Si je racontais tout ce que je sais, vous diriez : Qu’Allah fasse miséricorde à l’assassin de Salmân. » Il a été rapporté ceci de l’Imam Ali (ra) :
«ô quelle précieuse connaissance je détiens !
Si j’en divulguais une portion,
On dira : Tu fais partie des idolâtres !
Les hiérarques parmi les musulmans rendront licite mon sang versé !
Et cette sentence exécutée serait sans commune mesure avec le mal qu’ils me souhaitent »
Cette science qui est l’apanage du soufisme est l’intérieur du coran. Selon le Prophète (SAS) « Chaque verset du Coran a un sens extérieur (zâhir) et un sens intérieur (bâtin)… Le niveau de sens intérieur varie de sept à soixante-dix. »
Cette science est aussi la connaissance de Dieu rendue possible par la connaissance de soi. Le Prophète (SAS) a dit : « Celui qui se connaît, connaît son Seigneur ». Cette connaissance d’Allah justifie la création telle que l’exprime cette tradition sanctissime (hadith qudsî) : « j’étais un trésor caché, Je voulus être connu ; alors Je créai l’Univers. » Cette impérieuse exigence de connaissance d’Allah apparaît dans une autre tradition sanctissime (hadith qudsî) : « Connaissez-moi avant de m’adorer, car si vous ne me connaissez pas comment pourriez-vous m’adorer ? » Allah dit dans le Coran : « Je n’ai créé les hommes et les djiins que pour qu’ils m’adorent. » (51,56) Ibn Abbass explique que pour qu’ils m’adorent signifie pour qu’ils me connaissent.
Cette connaissance de Dieu est plus qu’une connaissance théorique ? C’est un savoir expérientiel où Allah se révèle comme sujet absolu parce qu’en vérité et en son essence, Il ne peut jamais être un objet ; un objet sur lequel un philosophe, un théologien et autres délibèreraient. Cette connaissance est une métamorphose intérieure qui consiste à franchir la distance qui sépare la connaissance théorique et la certitude de la connaissance personnellement réalisée et vécue : C’est cela l’accès à Allah à la réalisation duquel toute réalité supposée autre que Lui périt, conformément à ce verset : « tout périra sauf Sa Face. » (88,28) La création devient ipso facto spirituellement transparente au point que celui qui réalise cette certitude perçoit Allah où qu’il se tourne. Le Coran l’affirme en ces termes : « Où que vous vous tourniez, est la Face d’Allah. » (2, 115)