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Initiation au Soufisme

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Le précieux al-ahdary fort répandu en milieu malékite mentionne que « le premier devoir du musulman mâjeur est d’authentifier sa foi. » Cette authentification est l’apposition du cachet divin dans le cœur du croyant, la conscience permanente d’Allah. Une très sainte Tradition (hadith qudsi) énonce : « Je n’ai créé les hommes et les jinns que pour qu’ils m’adorent. » D’après Ibn Abbas -un brillant exégète du Coran du vivant du Prophète (SAS), qu’Allah l’agrée- « pour qu’ils m’adorent » signifie « pour qu’ils me connaissent. » La connaissance d’Allah précède son adoration : « Connaissez-Moi avant de m’adorer, car si vous ne Me connaissez pas comment pourriez-vous m’adorer ? » Cette connaissance est le Tawhid qui fait périr tout autre qu’Allah pour que Lui Seul subsiste.
Certains « sûfî » et savants musulmans, fort réputés, comme l’Imam Ghazâlî et l’Imam Sanûsî considèrent sa pratique comme un devoir incombant à chaque individu. Car si le soufisme oriente vers Allah et fixe à LUI, s’il purifie le caractère et extirpe de l’associationnisme ; s’il inculque un amour d’Allah, l’observance de ses recommandations et l’éloignement de ses interdits, sa pratique ne peut être qu’obligatoire.
Dans beaucoup de passages du Coran, Allah nous enjoint de trouver le moyen d’accès à Lui. Dans le verset 35 de la sourate 5, Il dit : « O vous qui croyez, craignez Allah et trouvez un wasîla (moyen d’accès à Dieu). Endurez dans ce sentier peut-être atteindrez-vous la félicité. » Cheikh Ahmad Tijaan (RA) explique le « wasîla » comme étant :

– L’imitation du Prophète (SAS) dans ses paroles et ses actes. Le Coran dit : « Si vous aimez Allah, suivez-moi (le Prophète), Allah vous aimera. » Allah dit dans cette très sainte tradition : « Si je l’aime, Je le deviens. » Ceci est la porte de la connaissance d’Allah.

– Le compagnonnage avec un connaissant par Allah qui est arrivé à Lui : « Suis le chemin de celui qui est arrivé à MOI. »

– L’attachement à l’invocation. Dieu recommande ceci dans le Coran : « Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant exclusivement sa Face. » L’invocation efficace est celle obtenue auprès d’un guide parfait. Dans le verset 50 de la sourate 51, il est mentionné : « Fuyez vers Allah. » Le Cheikh-al Islam El Hadj Ibrahima Niass (RA) explique que fuir vers Allah, c’est se rendre auprès de celui qui Le connaît pour s’initier sous son contrôle.
L’initiation doit se faire auprès d’une compétence avérée afin d’éviter les influences psychiques négatives, et d’avancer méthodiquement et efficacement dans la voie. 

Cette initiation remonte du temps du Prophète (SAS), et beaucoup de traditions corroborent ce propos. Le Prophète (SAS) dit un jour à un groupe de compagnons en présence desquels Il se trouvait : « Y a-t-il un étranger parmi vous ? » Non, Envoyé d’Allah répondirent-ils. Il demanda alors qu’on fermât la porte et leur dit : « Levez les mains et répétez : Lâ ilâha illal-lâh. » Shaddâd Ibn Aws raconte : « Nous tînmes donc nos mains levées pendant une heure en disant : « Lâ ilâha illal-lâh. » Le Prophète (SAS) dit alors : « O Mon Dieu, Tu m’as envoyé avec cette parole, me l’as recommandée, m’as promis le paradis en échange ; et en vérité Tu ne faillis jamais à Ta promesse ! Puis Il conclut : « Réjouissez-vous, car Allah vous a pardonné ! » Une autre tradition est rapportée par l’Imam Ali (que Dieu ennoblisse sa face). Le sens est : « Je demandai à l’Envoyé de Dieu de m’indiquer le plus court chemin pour arriver à Dieu, le plus facile pour les serviteurs et le plus excellent aux yeux d’Allah. »

– « O Ali, invoque perpétuellement Allah, à haute voix comme à voix basse », lui eût-il répondu.
– « Tout le monde invoque ! Ce que je souhaite, c’est que tu m’indiques à moi une invocation spéciale », insista Ali.
L’Envoyé répliqua alors : « Ali ! La meilleure chose que nous ayons dite, les prophètes qui m’ont précédé et Moi-même, c’est lâ ilâha illal-lâh. Si les sept cieux et les sept terres se trouvaient sur l’un des plateaux d’une balance et lâ ilâha illal-lâh sur l’autre, c’est de ce côté-ci qu’elle pencherait. O Ali, ajouta-t-Il, l’heure ne viendra pas tant qu’il y aura quelqu’un sur cette terre pour dire : « Allah, Allah ! »
Ali demanda encore : « Comment dois-je invoquer, ô Envoyé d’Allah ? »
– « Ferme les yeux », lui répondit l’Envoyé, « et écoute-Moi dire : « Lâ ilâha illal-lâh » trois fois ; dis ensuite toi-même : « lâ ilâha illal-lâh » trois fois pendant que Je t’écoute. »
Ces traditions sont suggestives, car elles montrent que l’initiation se pratique à l’insu du commun, la nécessité d’un maître et d’une méthode. Dans nos conditions actuelles, le rattachement à une organisation traditionnelle régulière, dépositaire d’une influence spirituelle et ayant qualité pour conférer l’initiation est une condition nécessaire. Il s’agit proprement de la transmission d’une influence spirituelle qui doit s’effectuer selon des lois définies faute de quoi, le résultat visé ne pourrait être atteint. Cela implique donc un contact réel. Il est dès lors facile de comprendre l’importance capitale de la chaîne initiatique, c’est-à-dire, une succession assurant d’une façon ininterrompue la transmission dont il s’agit. En dehors de cette succession, l’observation même des formes rituéliques serait vaine, car il y manquerait l’élément vital essentiel à leur efficacité. Ceci s’applique de façon identique aux rites religieux que ne peut accomplir le non-musulman s’il ne reçoit « l’ordination » nécessaire qui l’introduit dans cette religion et qui est porteuse de l’influence spirituelle.
L’initiation consiste à suivre une voie, à réaliser un plan et dispose l’impétrant à prendre l’attitude mentale et intellectuelle nécessaire pour parvenir à une compréhension effective et non pas simplement théorique. Il est assisté et guidé en vue du contrôle de son travail. C’est cela le rôle du maître à qui il fait allégeance. La tradition « sûfî » du pacte et de l’enseignement de maître à disciple remonte à ce verset : « Ceux qui te prêtent allégeance, prêtent en vérité allégeance à Allah, La Main d’Allah est au-dessus de leurs mains. » (48,10)
Le maître doit connaître la voie qui mène à Allah, et prémunir le disciple contre tout ce qui pourrait induire la perdition. Personne ne peut se passer de maître, celui s’impose par la situation d’exil dans laquelle se trouve l’homme ici-bas. Il fut demandé à Cheikh Ahmad Tijan (RA) si la recherche d’un guide est une obligation pour tous ou si elle n’incombe qu’à une portion d’individus. Il répondit en citant Sidy al-Mukhtar al-Kunti : « La quintessence du wird est la détermination et l’engagement de l’individu envers Allah par le biais du guide. Quiconque respecte le guide ainsi que la détermination et l’engagement vis-à-vis de lui jouira des bienfaits des deux mondes. Celui qui dénie le guide et passe outre sa détermination et l’engagement vis-à-vis de lui verra la barque de sa religion se briser contre les écueils de la perdition. » Le Prophète (SAS) a dit : « Célébrez la grandeur des Cheikh (guides), car, ce faisant, vous célébrez la grandeur d’Allah. » Ces maîtres qui sont des savants par Allah sont décrits par ce hadith : « Les savants sont les légataires des Prophètes. » Le maître est plus qu’une individualité, il est le représentant de la tradition même qu’il incarne.
Du point de vue historique, la chaîne de transmission part du Prophète (SAS) qui initia l’Imam Ali. A partir de ce dernier, la chaîne se structure comme suit : Imam Ali — Hassane al-Basrî — Habîbul-‘Ajamîy — Dâûda Tâ-î — Ma ‘rûful-Karkhî — as-Siriyyi — Junayd. A partir de Junayd rayonnèrent plusieurs chaînes et s’amplifia le soufisme.