Consultations médicales gratuites : Un acte de foi conforme aux recommandations de santé publique

Il est communément établi et accepté que la possession du meilleur état de santé qu’il est possible d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient son origine, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale. Un bon état de santé est essentiel pour une croissance économique durable de la société. C’est également une condition sine qua non du bien-être et de la qualité de vie de tous les individus.

La pandémie de la COVID19 ainsi que les épidémies précédentes (Ebola, Zika) ont mis en évidence le rôle primordial de l’approche communautaire en santé publique et le besoin de résilience des communautés et des systèmes de santé nationaux. Dans la plupart des pays, en particulier ceux en développement, les systèmes de santé font face à plusieurs contraintes liées à l’organisation des soins et à la disponibilité de financement, de ressources humaines en santé, d’infrastructures sanitaires, de matériel médical et de médicaments. Les états ont des limites objectives et parfois subjectives qui les empêchent d’assurer convenablement l’accès aux services de santé, y compris  les soins de santé primaires, pour tous.

Face à de telles contraintes, trouver des voies et approches innovatrices pour améliorer la santé des populations et permettre un meilleur accès à des soins de qualité pour les plus démunis ou vulnérables demeure un sacerdoce pour ceux dont le viatique est de se mettre au service de leur prochain, dans un acte de solidarité et de foi. C’est dans ce cadre qu’il faut situer et comprendre les visites médicales citoyennes gratuites organisées annuellement par l’ONG Assidqi Wa Sadiqin (AWS).

Dans cet article, nous allons discuter de l’importance des visites médicales dans un contexte péri-urbain africain des points de vue socio-économique, sanitaire et religieux. Le premier pour montrer leur conformité avec les recommandations de santé publique (voir par ailleurs l’éditorial du Dr Ndour) et le second, pour montrer en quoi ces consultations sont d’abord un acte de foi conforme aux recommandations du Coran et de la Sunnah.

Du point de vue socio-économique et sanitaire

Il s’avère de plus en plus  difficile d’accéder gratuitement aux soins de qualité pour de nombreuses raisons, même dans les pays développés qui font des efforts considérables pour assurer l’égalité et l’équité de l’accès aux soins et en maitriser les coûts. Par exemple, l’OMS estime que la densité des médecins pour 10 000 habitants est entre vingt à trente fois plus élevée dans les pays à revenu élevé que dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne qui ont moins d’un médecin pour 10 000 personnes.  Même à l’intérieur des pays africains il existe d’importantes disparités régionales ou résidentielles (entre l’urbain et le rural et entre certaines banlieues périphériques pauvres et les centres-villes). De plus, l’accès à certains spécialistes (cardiologue, cancérologue etc.) demeure une chimère pour les plus démunis compte tenu de leur rareté et leur coût. Dans certains endroits obtenir un rendez-vous chez un spécialiste peut prendre des mois alors que certaines maladies ou certains malades ne peuvent pas se permettre de tels délais. Comment faire face à de tels enjeux qui compromettent la survie même des populations les moins nanties et plus vulnérables ?

Premièrement, il faudrait une réelle prise de conscience de la situation des populations rurales et périurbaines qui, a bien des égards, ont plus de difficultés à accéder à des soins de qualité, abordables financièrement, et qui  font face quotidiennement à des problèmes  de survie. La réaction des populations africaines lors des premières mesures de quarantaine et des restrictions de déplacement du fait de la COVID19 est édifiante à cet égard.  En effet certains sont amenés à faire un choix difficile entre manger et se soigner. Même ceux qui ont accès aux structures sanitaires (hôpitaux et centres de santé) ont des difficultés à faire face aux coûts exorbitants des soins et des médicaments quand ils doivent acheter du matériel médical tel que des seringues dans les hôpitaux en cas d’hospitalisation. Tout cela contribue aux dépenses catastrophiques des populations à revenus très faibles qui les appauvrissent davantage.

Deuxièmement, il faut un réel changement de paradigme dans l’approche de santé. Une plus grande implication des communautés allant de la société civile (ONG, associations etc.) aux organisations religieuses et aux populations en général dans la planification et la mise en œuvre des programmes de santé est nécessaire. Une telle approche de santé communautaire existe quand les membres d’une collectivité, géographique ou sociale, réfléchissent en commun sur leurs problèmes de santé, expriment leurs besoins prioritaires et participent activement à la mise en place, au déroulement et à l’évaluation des actions les plus aptes à répondre à leurs priorités.

Elle concerne l’ensemble des citoyens et non pas seulement l’individu ou une personne malade et sa famille. Elle intègre les notions de prévention, de promotion de la santé (Charte d’Ottawa de 1986), d’appréciation des risques pour la santé, de mesures des pathologies, de définition de politiques publiques de santé et d’organisation des soins et du système de santé.

Troisièmement, il faudrait, autant que possible, rapprocher davantage la santé des populations, en les trouvant dans leur milieu naturel et en leur proposant des soins continus, de qualité, gratuits ou à des coûts abordables

C’est l’objectif et le sens même de ces journées de consultations citoyennes gratuites initiées par le fondateur d’AWS, le saint, vénéré, gnostique et savant Cheikh Ibrahima Sall, celui qui personnifiait la bonté pieuse (S2V177). Elles offrent aux populations un accès à des  spécialistes auxquels elles n’auraient jamais, ou du moins très difficilement, eu accès. Une multitude de généralistes et spécialistes (cardiologues, oncologues, diabétologues, pédiatres, ophtalmologistes, etc.) en plus des pharmaciens et des dentistes, réunis en un même endroit, permet de raccourcir les circuits des soins et d’avoir une prise en charge plus complète qui leur permet d’éviter les longs délais et files d’attente et les coûts exorbitants. Ces journées devraient être plus fréquentes. Elles contribuent à la démocratisation et à l’équité dans l’accès aux soins de qualité et à forger un sentiment de solidarité, d’appartenance et de justice sociale, de non-exclusion et de respect, autant de valeurs véhiculées par AWS et son guide. Il n’est donc pas surprenant de voir une évolution qualitative et quantitative de ces journées qui sont désormais fréquentées par des personnes venant de tous horizons, au-delà de la population locale péri-urbaine de Dakar.

Tout cela est conforme aux recommandations  sur l’accessibilité aux soins et standards internationaux tels que définis par l’OMS et les autres organisations internationales et tels que pratiqués dans la plupart des pays qui ont réussi à améliorer significativement leurs indicateurs de santé. Tout ce qui précède plaide clairement en faveur d’un renforcement des investissements dans les systèmes de santé communautaires et d’un appui important à des initiatives de solidarité et de foi tels que les journées de consultations médicales citoyennes gratuites. Il est clair que l’amélioration de la santé en Afrique ne se fera qu’au prix d’une approche communautaire complète et bien organisée.

Du point de vue religieux

Il existe de nombreuses justifications religieuses d’actes d’une telle portée sociale, solidaire et humanitaire que les visites médicales citoyennes gratuites, qui contribuent à améliorer la santé des plus démunis et réduire les inégalités en matière d’accès aux soins. Cela met en exergue l’importance de la santé, l’entraide et la solidarité islamique, la considération de l’autre comme de soi-même. Nombreux sont les textes coraniques (par exemple, S5V2, S9V71, S18V110, S24V55, S67V2) et hadiths du Prophète (PSL) par exemple « Dieu aime parmi les humains ceux qui sont au service de leurs semblables… ».  Ou encore : « Dieu a créé des hommes et les a prédisposés à être au service des gens, … », ou encore : « Dieu aime celui qui vient au secours de l’affligé… ») qui plaident en faveur de l’entraide et de l’action humanitaire en général en la définissant et en ordonnant de la pratiquer. Ils sont soit de nature obligatoire ou incitative et n’excluent pas les non-musulmans de l’entraide (S60V8). Pour le musulman, aider une personne dans le besoin est une façon de confirmer sa foi. Mais pour moi, la première justification religieuse est que notre Cheikh ne posait aucun acte qui ne soit pas conforme au Coran et à la Sunnah.

Dans la vision et la pratique du vénéré Cheikh Ibrahima Sall (« Dimbalileen ma ci seen morom », Aidez-moi en votre prochain), on peut détecter plusieurs principes centraux qui soutendent sa guidance et ses actions.

D’abord, le fait que les actes de portée humanitaire constituent un élément essentiel de la pratique religieuse comme déjà mentionné dans le paragraphe précédent. La religion ne nous impose-t-elle pas de traduire nos intentions et convictions en actions réelles dans tous les domaines, y compris l’assistance aux personnes dans le besoin (S2V267). De manière systématique, le Coran n’évoque presque jamais la foi sans qu’immédiatement ne soit rappelée l’obligation d’agir, et plus particulièrement l’incitation aux actions de bienfaisance. L’expression « Ceux qui ont cru et font de bonnes œuvres… » est citée dans le Coran un nombre considérable de fois.

Ensuite, l’importance de la santé et de l’hygiène. Un nombre très important de versets et de hadiths exhortent l’homme à garder un mode de vie sain et à préserver sa santé. Le Coran en lui-même est un remède(S17V82) contre plusieurs maladies (physiques et psychologiques) et contient des versets qui incitent à accorder à la santé et à l’hygiène une importance primordiale dans la vie de tous les musulmans. Le Prophète (PSL) a aussi instauré plusieurs principes qui favorisent une bonne santé et une hygiène irréprochable. Certains hadiths tels que : ‘Implorez Allah de vous accorder le salut et la santé, car nul ne se voit accorder après la foi de chose meilleure que la santé.’ “ : « Il est deux bienfaits dont beaucoup de gens ne savent pas tirer profit : la santé et le temps libre. » « Tire profit de cinq choses avant que cinq autres ne surviennent : de ta vie avant de mourir, de ta santé avant de tomber malade, de ton temps libre avant d’être occupé, de ta jeunesse avant de vieillir et de ta richesse avant de devenir pauvre. »

Tout comme la vie spirituelle est inséparable de la vie quotidienne, la santé, qui est à la fois physique, émotionnelle et spirituelle, est indivisible. Pour qu’une personne soit en parfaite santé, ces trois aspects doivent être intacts. Quand l’un de ces trois types de santé n’est pas assuré, les autres souffrent également. Il n’est donc pas étonnant que le vénéré Cheikh ait mis l’accent sur la santé en priorité (avec l’éducation) dans ses actions sociales en installant un centre de santé dans un endroit qui en avait besoin et en instaurant une journée de visite médicale gratuite comme symbole du Gamou annuel de Madinatoul Houda. Cette œuvre est perpétuée par l’actuel guide de AWS, le Cheikh Saïde Sall.

Enfin, dans l’action et la guidance du vénéré Cheikh qui sont toujours parfaitement alignées aux préceptes et prescriptions du Coran et de la Sunnah, les visites médicales citoyennes gratuites mettent en œuvre les versets (S13V11 et S90V4) dans lequel ALLAH exige à chaque communauté de se prendre en charge afin et avant de bénéficier de l’aide divine ; et le hadith du prophète (PSL) « Aucun d’entre vous n’est véritable croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère (et sœur) ce qu’il aime pour lui-même ». Au-delà de l’assistance au plus démunis, les visites médicales citoyennes gratuites sont susceptibles de provoquer un changement durable dans la vie des gens (S18V46).

La réussite de journées de consultation médicales citoyennes et gratuites est le fait d’une communauté (AWS) et de personnes-ressources bénévoles, compétentes (« DjangaleenXam », Apprenez, vous acquerrez la connaissance), dynamiques et motivées (« Ligeyeleen Am », Travaillez, vous gagnerez votre subsistance), qui se prennent en charge (« Dimbalileen ma ci seen bopp », Aidez-moi en vous) et qui s’occupent de leur communautés (« Dimbalileen ma ci seen morom », Aidez-moi en votre prochain). Ce leitmotiv est la vision intemporelle du Cheikh qui soutent toutes nos actions. Louages à ALLAH qui nous a fait l’honneur d’y être membre et d’y participer.

Dr Khassoum Diallo, AWS Europe.

Références scientifiques : Divers documents de l’OMS, de l’Unicef et d’autres organisations  sur la santé publique et la santé communautaire

Références religieuses : Coran et hadiths